Gertrude Stein, le Bugey, la guerre

Mars 2013

  • Mis à jour : 19 décembre 2016

Dominique St Pierre nous a fait revivre Gertrude Stein, figure incontournable du développement de la littérature et de l’art moderne de l’entre deux-guerres mais surtout, il nous a décrit comment elle a vécu dans le Bugey durant la 2ième guerre mondiale et nous avons suivi avec lui ses rencontres de Picasso, Picabia et de bien d’autres à Belley.

Gertrude Stein, le Bugey, la guerre

- conférence donnée le lundi 18 mars par Dominique Saint Pierre, ancien député, historien

Gertrude Stein (1874-1946) est célèbre à deux titres :
- comme esthète et mécène au début du XXe siècle, elle a participé à la diffusion de l’art moderne, notamment du cubisme de Picasso, avec lequel elle était très liée.
- comme écrivain dans le monde anglo-saxon : elle a pratiqué une nouvelle écriture que l’on retrouve chez Faulkner ou Hemingway. On dit qu’elle a inventé la phrase américaine au détriment de l’anglais traditionnel. Sa célébrité aux Etats-Unis à ce titre est égale à celle d’un Proust en France.

Née aux Etats-Unis, en Pennsylvanie, elle s’est installée définitivement à Paris en juin 1904 à l’âge de 30 ans. Elle a très peu vécu en Amérique, ayant toute jeune séjourné avec ses parents en Autriche à Vienne, à Paris, plus tard, avant 1904, avec son frère Léo à Florence, puis à Londres. Elle n’est restée aux Etats-Unis que pour ses études de psychologie et de médecine, études non terminées. Si son écriture est américaine, son vécu est européen.

Les sources de son œuvre littéraire sont françaises. Notre région est particulièrement concernée : de 1924 à 1939, en compagnie de son amie, Alice Toklas, elle séjournait six mois de l’année dans l’Ain, à Belley, d’abord à l’hôtel Pernollet, puis au hameau de Billignin.

Défila alors à Belley, toute une intelligentsia : Picasso, Picabia, Pavel Tchelitchew, Francis Rose, William Cook, William Seabrook, Élisabeth de Gramont, Nathalie Barney, Henri Robinson Luce et Clare Luce, Balthus, Cecil Beaton, Paul Bowles, Jo Davidson, Daniel-Rops, André Breton, Yves Tanguy, René Tavernier, Pierre Balmain etc.

De 1939 à décembre 1944, elle n’a pas quitté le Bugey, passant seulement de Belley à Culoz en février 1943.

Gertrude Stein s’était complètement intégrée à la population en Bugey. On retrouve dans son œuvre les familles, les paysages et les événements marquants de cette petite province : c’est ainsi que le suicide de Mme Pernollet en 1933 à Belley et celui d’une anglaise la même année (de deux balles dans la tête) à Artemare sont les prétextes d’un roman policier ’Du sang sur le sol de la salle à manger’.

L’expression rendue célèbre de « la génération perdue », popularisée par Hemingway, a été recueillie par Gertrude Stein d’un propos de l’hôtelier Belleysan, François Pernollet. Ce courant littéraire a regroupé un grand nombre d’auteurs américains vivant à Paris durant l’entre-deux-guerres : Ernest Hemingway, John Steinbeck, Dos Passos, F. Scott Fitzgerald, considéré comme le meilleur représentant, Ezra Pound et Gertrude Stein elle-même, et traduisait en fait les bouleversements sociaux en Amérique et la disparition graduelle de la supériorité de leur pays.

Depuis 1924, elle séjournait six mois de l’année dans l’Ain, à Belley, puis de 1939 à décembre 1944 totalement à Belley, puis à Culoz. Ainsi, une grande partie de son œuvre littéraire a ses sources dans l’Ain.

Pendant la guerre, Gertrude Stein et Alice Toklas, américaines et juives, ne seront ni arrêtées, ni déportées. Gertrude Stein est tout d’abord protégée par Vichy, par l’intermédiaire de Bernard Faÿ, ami de Pétain et nouveau directeur en 1940 de la Bibliothèque Nationale. Il a été en 1932 le traducteur de l’Autobiographie d’Alice Toklas.

Lorsqu’elles sont dans la fournaise de Culoz, en 1943 et 1944, alors que l’influence de Vichy est devenue relative, elles ont simplement de la chance, protégées par les autorités locales, les habitants et la Résistance.

Gertrude Stein a décrit cette période dans deux livres : ’Paris-France’, édité en 1940, qui est un hymne à Pétain, et ’Les guerres que j’ai vues’, rédigé à Belley et à Culoz pendant la guerre, excellente description locale du conflit vue par un civil qui se termine par un hymne à la Résistance et édité à la Libération.

De retour à Paris, où sa collection de tableaux est restée miraculeusement intacte grâce à Picasso, Bernard Faÿ et le comte de Metternich, Gertrude Stein, devient l’icône de l’Amérique à la Libération.

Elle écrit, donne des conférences, fait des reportages pour Life en Allemagne et meurt quelques mois plus tard, en juillet 1946, opérée d’un cancer de l’estomac par René Leriche à l’Hôpital américain de Neuilly. Elle a été inhumée au Père-Lachaise.

... quelques photos de Gertrude Stein

Texte et photos de Dominique Saint-Pierre

Dominique Saint-Pierre :

Docteur en droit - Assistant à la Faculté de Droit de Lyon (1966-1972) - Avocat à la cour d’appel de Lyon (1965-1997) - Conseiller régional Rhône-Alpes (1986-2004) - Député de l’Ain (1986-1988) - Président de la Mission d’étude sur l’Europe et les professions du droit sur le rapprochement des professions d’avocat et de conseil juridique (1988) - Député au Parlement européen (1994-1999) - Conseiller d’Etat en service extraordinaire, section de l’Intérieur (1999-2004) - Officier de la Légion d’honneur.

Bibliographie : Outre divers articles juridiques, politiques ou historiques, ’Dictionnaire des hommes et des femmes politiques dans l’Ain de 1789 à 2003’ (495 pages, M G Éditions), ’La Grande Guerre entre les lignes’ (1623 pages, 2 tomes, M G Éditions 2006), ’Gertrude Stein, le Bugey, la guerre’ (406 pages, M G Éditions 2009).

Voir Article Dauphiné Libéré - Annonce de la conférence

Dominique Saint-Pierre et l’auditoire